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Le commerce équitable, pour qui, pour quoi ?

Contrairement au commerce classique, le commerce équitable est un partenariat commercial fondé sur le dialogue, la transparence et le respect, qui offre de meilleures conditions commerciales et garantit les droits des producteurs et des travailleurs marginalisés. Le commerce équitable, c’est donc une réponse aux inégalités, un modèle économique alternatif qui tente de remettre l’économie au service de l’humain et de son environnement.

Les 10 principes du commerce équitable selon Oxfam

  1. Prix juste, salaire juste pour les partenaires.
  2. Conditions de travail décentes.
  3. Focus sur les producteurs et travailleurs les plus défavorisés.
  4. Modèle de démocratie économique.
  5. Sensibilisation des citoyens au commerce équitable.
  6. Promotion du commerce équitable comme alternative économique globale et crédible.
  7. Logique participative avec les organisations partenaires.
  8. Respect de l’environnement.
  9. Soutien au développement social des communautés.
  10. Qualité et authenticité des produits.

FAQ

  • Comment reconnaître un produit équitable ?

    Le plus simple est de repérer sur l’emballage un label qui certifie les conditions de fabrication. Exemples de labels reconnus en Belgique : « Fairtrade Max Havelaar », « Ecocert Equitable », « Tu Simbolo », ainsi que la garantie organisation WFTO (coupole mondiale de la filière intégrée du commerce équitable).

    Il est important de les distinguer des labels de commerce éthique (qui couvre principalement les questions de droit du travail dans les filières industrielles, à l’exemple de « Fairwear fondation »), de l’agriculture biologique (label européen, « AB », « Biogarantie »), ainsi que ceux de commerce durable (dont les critères sont plus vagues et peu exigeants envers les importateurs et donc adaptés à l’agro-industrie – exemple « Rainforest Alliance », « UTZ Certified »).

    Mais les labels ne sont pas nécessairement la panacée. On peut aussi faire confiance à des marques ou réseaux spécialisés (par exemple Oxfam ou Ethiquable). Les produits de ces marques portent quoi qu’il en soit le plus souvent un label ou sont garantis via la certification WFTO.

  • En mettant tous leurs « œufs dans le même panier », certains producteurs ne deviennent-ils pas trop dépendants des importateurs équitables ?

    Le commerce équitable défendu par Oxfam encourage la diversification des canaux de commercialisation. Les critères d’Oxfam Fair Trade mentionnent ainsi qu’un « partenaire ne peut pas être viable par son seul commerce avec Oxfam ou via les seuls circuits équitables » et encouragent les organisations à commercialiser leurs produits dans le secteur conventionnel. Afin d’éviter l’enfermement dans l’exportation de matières premières agricoles non transformées, Oxfam encourage par ailleurs les producteurs à diversifier leurs productions agricoles, notamment les productions vivrières (logique de souveraineté alimentaire) et soutient au maximum la transformation des produits au Sud (délocalisation de la valeur ajoutée).

  • Fournir de l’aide aux petits producteurs, n’est-ce pas une manière de fausser le marché et la libre concurrence ?

    Avec les crises qui se succèdent, le mythe néolibéral de la concurrence libre et non faussée s’effondre peu à peu. Dans le secteur agricole par exemple, les marchés sont naturellement biaisés en faveur des pays développés et des multinationales par une série de facteurs commerciaux et institutionnels. Exemples : la concentration des parts de marché (les plus gros acteurs privés étant capables d’influencer les prix des matières premières), l’octroi de subsides via diverses politiques agricoles (ex. la fameuse PAC européenne), l’instauration de systèmes d’escalade tarifaire (l’augmentation des droits de douane en fonction du degré de transformation des produits, manière pour les pays développés de protéger leurs industries à haute valeur ajoutée). Notons par ailleurs que dans le secteur agricole, il est très difficile de s’adapter rapidement aux variations de cours des marchés, du fait de l’inertie des facteurs de production (cultures annuelles le plus souvent, temps d’adaptation en termes de connaissances, de matériel ou de clientèle, etc.).

    Au final, une approche de type équitable ne fait donc que tenter de rééquilibrer la situation envers les acteurs les plus faibles du système commercial. Signe des temps qui changent, l’aide au commerce constitue une part croissante des politiques d’aide au développement. L’idée est ici d’améliorer l’efficacité et la cohérence des politiques (commerciales, agricoles, d’aide au développement), en fournissant aux producteurs un soutien aux facteurs de production. De les renforcer avant de les plonger dans le « grand bain » du commerce mondial en somme. Dans ce contexte, l’approche équitable est particulièrement adaptée, puisqu’intervenant à différents niveaux dans les chaines d’approvisionnement (support à la production mais aussi encouragement de la demande au Nord et au Sud, transparence, création d’un environnement législatif favorable, etc.).

    Oxfam se distingue plus particulièrement dans ce domaine puisqu’elle fournit à ses producteurs un soutien renforcé, ce qui lui confère un statut intermédiaire entre un importateur pur et une ONG de développement.

  • Le commerce équitable couvre-t-il l’entièreté des chaines d’approvisionnement (c’est-à-dire pas seulement les producteurs mais aussi le transport, la distribution, etc.)?

    Historiquement, le label équitable dominant Fairtrade Max Havelaar s’est concentré sur le premier maillon des chaines d’approvisionnement agricoles, c’est-à-dire sur les producteurs. Certains critères Fairtrade s’appliquent bien aux autres acteurs, en particulier les détenteurs de licence (acteurs fabriquant et/ou commercialisant les produits finis), mais ces critères concernent principalement les aspects commerciaux (contrats, préfinancement, modalités de paiement du prix minimum, etc.). Mais d’autres labels tels que Naturland et Fair for Life imposent davantage de critères sociaux et environnementaux aux autres maillons. Naturland demande par exemple à ce que les critères sociaux de la composante biologique de sa certification (respect des conventions de base de l’OIT) soient respectés par tous les acteurs, incluant les sous-traitants.

    C’est au final la certification WFTO, à laquelle souscrit Oxfam-Magasins du monde, qui fournit la meilleure garantie dans ce domaine puisqu’elle implique un raccourcissement de la chaine d’approvisionnement, une implication équitable de la plupart des acteurs ainsi que la mise en place dans le futur de « standards distributeurs ».

  • Le commerce équitable, est-ce vraiment plus cher?

    Tout d’abord, ce n’est pas toujours vrai ! De nombreux produits équitables se retrouvent dans des gammes de prix similaires aux produits conventionnels. Cela est notamment dû au fait qu’Oxfam fonctionne souvent en circuits-courts, en étant le seul intermédiaire entre les consommateurs et les producteurs.

    Dans les cas où ils sont effectivement plus chers, cela se justifie par une grande qualité des produits équitables : qualité intrinsèque (produits artisanaux souvent plus beaux et/ou solides, produits alimentaires aux ingrédients naturels, biologiques, meilleurs pour la santé, etc.) mais aussi qualité sociale (soutien aux producteurs via le prix minimum, la prime de développement, les bénéfices sociaux et les meilleures conditions de travail, etc.).

    Il faut par ailleurs se poser la question de la manière dont on définit la cherté d’un produit : notre référence est généralement le prix des produits conventionnels, qui en plus de bénéficier de toute une série d’économies d’échelle et de pratiques commerciales abusives, poussent au maximum la logique d’externalisation des coûts. On entend par là le fait de transférer certains coûts (de production, transport, distribution, etc.) ailleurs que dans le produit lui-même. Dans le secteur agricole par exemple, l’agriculture industrielle a de nombreuses externalités (pollution des nappes phréatiques, de l’air, effets des pesticides sur la santé, etc.) que le consommateur ne voit pas apparaitre sur son ticket de caisse. Mais il finira par le payer via ses impôts (ex. usines de traitement de l’eau ou des déchets), ses frais de santé ou même en espérance de vie !

  • Le commerce équitable ne créé-t-il pas des inégalités entre les producteurs bénéficiaires et les autres ?

    Il est vrai que certaines études ont démontré que le commerce équitable pouvait exacerber les inégalités au niveau local, en favorisant certains groupes de producteurs au détriment d’autres ou via l’accaparement des bénéfices du commerce équitable par une minorité de la population locale. Le commerce équitable labellisé « de masse » peut exacerber le problème, en amenant les importateurs à sélectionner les organisations de producteurs les plus fortes et organisées, mieux à même de leur fournir d’importants volumes de produits.

    Plusieurs éléments de réponse peuvent cependant être mis en avant :

    • En plus du prix minimum, les critères de commerce équitable incluent l’octroi d’une prime de développement, qui favorise souvent l’ensemble d’une communauté (ex. construction d’une école, d’un centre de santé, etc.). Une organisation équitable peut par ailleurs avoir un effet d’entrainement sur l’emploi local (ex. emplois administratifs au sein de l’organisation de producteurs, emplois techniques dans les stations de transformation et de conditionnement) et/ou d’exemplarité sur les autres producteurs (ex. les autres producteurs s’aperçoivent des abus des intermédiaires, des bénéfices à être certifié équitable ou biologique).
    • Les organisations telles qu’Oxfam cherchent à conserver l’esprit pionnier équitable, en s’adressant au maximum aux producteurs et travailleurs les plus défavorisés, c’est-à-dire ceux étant le plus dans le besoin (cf. partenariat renforcé et de « première ligne » évoqué plus haut).
    • La problématique du choix « entre les pauvres » (pour parler crument) n’est pas propre au seul secteur équitable, mais concerne l’ensemble des programmes d’aide au développement. Le commerce équitable apporte sa contribution à l’ensemble des mécanismes de lutte contre la pauvreté mais il est clair qu’il ne peut résoudre à lui seul toute l’injustice socio-économique de la planète. Il faut noter par ailleurs que le fait de vouloir aider tous les pauvres reviendrait en principe à faire « tourner » les producteurs bénéficiaires du commerce équitable, ce qui rentrerait en contradiction avec le principe de durabilité du partenariat (contrats et soutien socio-économique sur le long terme).
  • Le commerce équitable, n’est-ce pas polluant?

    Contrairement aux idées reçues, qui associent long transport du Sud vers le Nord avec fortes émissions de gaz à effet de serre, le commerce équitable n’est pas très polluant, et ceci pour plusieurs raisons :

    • Faible part du transport dans le bilan carbone total d’un produit (les modes de production et de consommation constituent en comparaison une proportion beaucoup plus importante du total des émissions de gaz à effet de serre). La plupart des produits équitables arrivent d’ailleurs par bateau, un mode de transport à faibles émissions. Enfin, Oxfam-Magasins du monde effectue depuis 2012 un suivi du bilan carbone de l’ensemble de ses activités, ce afin de réduire de manière continue ses émissions CO2.
    • Modes de production respectueux de l’environnement :
      • Au niveau agricole, la plupart des produits équitables sont issus d’une agriculture paysanne à petite échelle et diversifiée (beaucoup sont d’ailleurs certifiés biologiques). Il s’agit le plus souvent de cultures traditionnelles favorables à la biodiversité, comme le riz violet de Thaïlande, la quinoa rouge de Bolivie, et faiblement mécanisée. De plus, les critères des labels équitables exigent ou encouragent des méthodes de production durables : absence d’OGM, réduction des pesticides, lutte intégrée, réduction des consommations en eau, etc.
      • Les produits d’artisanat ont un impact sur l’environnement moins lourd que les produits industriels, en particulier ceux qui valorisent les ressources naturelles locales et/ou le recyclage de produits.
    • Absence d’alternative locale pour les produits tropicaux de consommation courante comme le café, le thé, le cacao, les bananes, etc. De plus, la production locale de certains produits comme le miel est nettement insuffisante, ce qui justifie l’importation.
    • Développement de la démarche et des produits « Paysans du Nord ». Même si cette démarche a comme objectif plus global de lutter contre le modèle agro-industriel, elle permet également à Oxfam d’améliorer sa cohérence environnementale. A noter également qu’Oxfam participe à la campagne des « Communes Du Commerce Equitable », qui donne une large place à la consommation de produits locaux durables.
  • Le commerce équitable n’est-il pas une forme d’assistanat envers les pays pauvres?

    Non, c’est justement ce qui distingue le commerce équitable de l’aide au développement. Le slogan « le commerce plutôt que la charité », énoncé par une série de pays en voie de développement dans les années 60, résume ce grand principe du commerce équitable. A la différence des programmes d’aide au développement, accusés de perpétuer les hiérarchies héritées de la colonisation, l’idée est ici d’accompagner et d’autonomiser les populations marginalisées du Sud afin qu’elles prennent leur développement en main. De valoriser auprès des consommateurs du Nord leur créativité, leur imagination et leurs initiatives.

    Comment s’y prend-on ? Tout simplement en changeant les règles du jeu. Les règles du commerce mondial sont profondément injustes car basées sur la maximisation des profits. Elles mettent en concurrence des producteurs aux capacités extrêmement inégales et entrainent la surexploitation des ressources naturelles. En contraste avec ces règles, ou plutôt à cette absence de règles, le commerce équitable est un « partenariat commercial fondé sur le dialogue, la transparence et le respect […], qui offre de meilleures conditions commerciales et garantit les droits des producteurs et des travailleurs marginalisés, tout particulièrement au Sud de la planète ». Le commerce équitable, c’est donc une réponse aux inégalités. Un modèle économique alternatif qui tente de remettre l’économie au service de l’humain et de son environnement.

    Très militant à ses débuts dans les années 60, le commerce équitable a depuis considérablement accru ses volumes, tout en se diversifiant et se professionnalisant. Ces évolutions sont notamment liées à l’apparition, à la fin des années 80, des labels équitables, qui assurent la traçabilité des conditions de production. A côté des marques et magasins spécialisés tels qu’Oxfam, on trouve maintenant du café, du chocolat, des cosmétiques ou encore des vases équitables un peu partout, par exemple dans les supermarchés ou même sur Internet.

  • Pourquoi certains produits Oxfam n’ont-ils aucun label équitable sur leurs emballages?

    Tout est question d’objectif. Celui d’Oxfam est avant tout de servir les producteurs marginalisés et les consommateurs. Les labels ne sont dans ce cadre que des outils, que l’organisation utilise uniquement s’ils servent ses valeurs de justice économique et de développement durable.

    Un exemple illustre cette position : Oxfam Fair Trade a décidé en 2014 de retirer le label Fairtrade Max Havelaar d’une partie de ses produits. Notre organisation sœur flamande a pris cette décision pour deux raisons principalement :

    • Mettre en avant la marque Oxfam, un acteur équitable plus connu et crédible. Le simple fait de mettre un label sur un produit représente un coût : c’est ce que l’on appelle les droits de licence. Ce coût s’ajoute à celui de la certification. Pour un acteur conventionnel comme Nestlé par exemple, ce coût se justifie, car le label est avant tout un outil marketing qui lui permet de démarquer ses produits équitables. Mais pour Oxfam, un acteur 100% équitable très reconnu en Belgique (la marque Oxfam est en fait plus reconnue que le label Max Havelaar), l’intérêt est beaucoup plus limité. Et la plupart des produits alimentaires d’Oxfam continueront d’être certifiés comme auparavant, via des audits réguliers tout au long de la chaine de production.
    • Utiliser l’argent économisé pour des actions plus utiles. Cela permettra à Oxfam de mieux se concentrer sur ses missions premières, notamment le combat pour un commerce plus juste ou le soutien aux producteurs (en particulier les plus marginalisés qui ont par exemple des difficultés à accéder aux marchés ou à produire aux niveaux de qualité requis).
  • Quelle est la spécificité d’Oxfam en termes de soutien aux petits producteurs ? Comment se distingue-t-on d’acteurs ne faisant « qu’utiliser » le label Fair Trade Max Havelaar par exemple?

    Il est clair que la course aux volumes – l’équitable de masse – à laquelle on assiste depuis de nombreuses années, a entrainé une dilution des critères de certains labels. L’une des conséquences est que le seul respect de ces critères, via une approche « quantitative », tend à fortement diminuer la qualité du partenariat équitable et à favoriser les plus gros producteurs (ce que l’on pourrait un commerce équitable « minimum » ou « de base »). Exemples avec les critères de Fairtrade International : la possibilité de s’approvisionner auprès de grandes plantations (risques accrus de violations du droit du travail, forte concurrence vis-à-vis des organisations de producteurs, destinataires originels du commerce équitable), la réduction des pourcentages d’ingrédients équitables dans les produits dits « mixtes », l’introduction du système de « mass balance », etc.

    En comparaison, le partenariat d’Oxfam se veut plus qualitatif, direct, durable, participatif et renforcé :

    • Plus direct, en cherchant à mettre en place des filières les plus courtes possibles, en particulier dans l’artisanat. Cela permet de limiter le nombre d’intermédiaires (et donc d’octroyer une marge plus importante aux producteurs) et de garder un meilleur contrôle sur la traçabilité des produits (notamment sur l’origine des matières premières).
    • Plus participatif, via par exemple l’échanges d’informations avec les partenaires sur les produits, les critères (ex. les critères « Made In Dignity » ont fait l’objet de nombreuses consultations au début des années 2000) ou les outils éducatifs et politiques (ex. actuelle co-construction d’une campagne sur le genre et l’artisanat équitable avec une sélection de partenaires d’Inde et du Bangladesh, dans le cadre d’un programme plus large de changement social).
    • Le plus durable possible, en soumettant les relations de partenariat à des contrats commerciaux et à une sélection / un suivi via une commission partenaires constituée de bénévoles.
    • Renforcé et à destination des populations les plus défavorisées (aussi appelé le commerce équitable de « première ligne »). On est ici dans une logique contraire au commerce équitable de masse, qui tend à s’approvisionner auprès des organisations de producteurs les plus importantes et professionnalisées (et donc mieux aptes à fournir les volumes demandés). Exemples de ce type de partenaire : Sopacdi au Congo (zone de conflit), Bombolulu au Kenya (populations handicapées), Tara en Inde (populations intouchables, le plus souvent des femmes).